Libations solitaires sous la lune
Parmi les fleurs un vase d’eau-de-vie;
Je me sers, seul, privé de compagnon.
Mon bol levé, la lune je convie;
Nous sommes trois, mon ombre faisant front.
La lune, hélas! de l’art de boire ignore;
L’ombre me suit, ce n’est là que raison.
Soyons amis, lune, ombre, un temps encore!
Joyeux, prenons du printemps à foison!
La lune quand je chante vague et tremble;
Mon ombre quand je danse oscille et fond.
Dans notre veille égayons-nous ensemble!
Passe l’ivresse et les adieux se font!
Plaisir sans âme à jamais nous assemble!
Au Fleuve haut du ciel rendez-vous donc!
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Paul Jacob, in: Li Bai, Florilège, Paris, 1985; p. 123
