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De la veue de Dieu sous ce nom : d’éternel et d’infini

O celuy qui seul és, estois, seras tousjours,
Hier, aujourd’huy, demain, aprés cent et cent tours
De soleil et de ciel, et devant eux encore,
Sans principe et sans fin, Dieu, sans fin je t’adore.

Eternité, qui n’as comencement, ni bout,
Immense Infinité, qui te trouves partout,
Estre, durée, et vie, immüable en toi-même,
Fai qu’immüablement, et je vive et je t’ayme.

Tous estres sont changeans, tous estres sont mortels,
Jusqu’à ceux dont on met les os sur les autels.
Le ciel a commencé, les étoiles sont nées,
Et tout sous le soleil se compte par années.

Tout comence et finit, toute chose a son cours ;
Come des flots de mer, vienent et vont nos jours ;
Les saisons, les grandeurs, les sceptres ont leurs heures,
Tout meurt, et tout s’en va, Toi seul vis et demeures.

Tous estres quels qu’ils soient se trouvent tous bornés ;
On void mourir les rois aussi-tost qu’ils sont nés ;
Leur sceptre a ses deux bouts, et leur corone ronde
Est un cercle mouvant aussi-bien que le monde.

Tout en nous est petit, tout est tres-limité,
Tout est grand en toi seul, Immense Infinité,
Mais que veux-je de toi qu’infinité de vie,
Afin que je te rende une gloire infinie.

Jean de Labadie (1610-1674)

 

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