Delivre moy, Seigneur, de ceste mer profonde
Où je vogue incertain, tire moy dans ton port ;
Environne mon cueur de ton rampart plus fort,
Et vien me deffendant des soldats de ce monde :
Envoy’moy ton esprit pour y faire la ronde,
A fin qu’en pleine nuict on ne me face tort ;
Autrement, Seigneur Dieu, je voy, je voy la mort
Qui me tire vaincu sur l’oubli de son onde.
Les soldats ennemis qui me donnent l’assault,
Et qui de mon rampart sont montez au plus hault,
Ce sont les argumens de mon insuffisance :
La cause du debat, c’est que trop follement
J’ay voulu compasser en mon entendement
Ton estre, ta grandeur et ta Toute-Puissance.
—
Jacques Grévin (1538-1570)
Jacques Grévin, La Gélodacrye ; et Les vingt-quatre sonnets romains; Publications de l'Université de Saint-Étienne, Saint-Étienne; ISBN 286272212X
